26/10/2007

Consommer du papier recyclé, est-ce forcément une bonne idée ?

Les actes écologiques volontaires demeurent suffisamment rares pour ne pas être salués, ni vivement encouragés. Encore faut-il ne pas se tromper de cible.

Pour une énorme majorité d’acheteurs et d’utilisateurs de papier, la solution, pour se donner bonne conscience écolo, consiste à adopter un papier recyclé. Et comment ne pas croire qu’on a fait le bon choix puisque les associations écologiques elles-mêmes ont utilisé et prôné pendant des années l’utilisation de papier recyclé ? "L’industrie papetière participe à la déforestation de la planète. Récupérons !", telle était leur argumentation.

C’était faire un faux procès au papier. Les grandes opérations de déforestation tropicale n’ont pas pour objectif de fournir les papeteries - ces grands arbres aux fibres serrées sont inutilisables pour faire du papier - mais d’implanter de garnds domaines agricoles ou des complexes industriels.

PAPIER RECYCLÉ ET GESTION DURABLE

  • Chez nous, le premier pays papetier d’Europe, la Suède, annonce un doublement de sa forêt en moins d’un siècle ! Même tendance en France même, la forêt a doublé alors que la consommation de papier était multipliée par sept ! A cela une explication : l’industrie papetière valorise surtout les déchets de la sylviculture. Elle ne consomme pas le bois noble, laissé aux scieries pour l’industrie du meuble, mais les bois d’éclaircies, les cimes des arbres, les branches, les délignures, etc.
  • En outre, l’approvisionnement est planifée par le papetier. Qu’il aime ou non les arbres et les petits oiseaux, il a de toutes façons tout intérêt à participer de façon réfléchie et durable à la gestion des forêts. En moyenne, pour un arbre coupé, trois sont plantés.
  • Néanmoins, le recyclage des vieux papiers peut constituer une approche écologique intéressante par rapport à la production de papier à partir de fibres vierges. Et la France n’est nullement en retard sur cette question puisque le taux de récupération des fibres usagées est de 50 % tous papiers et cartons confondus (80 % pour les cartons). Encore faut-il être certain, si l’on désire participer à la protection de la nature, que le choix du papier recyclé soit approprié. Le bienfait indiscutable du recyclage du papier est plutôt d’ordre domestique puisqu’un tiers de nos ordures ménagères est constitué de papiers et de cartons.

Or il est prouvé que le bilan écologique global - la prise en compte de tout ce qui participe de la vie du produit, "du berceau à la tombe" selon la formule consacrée - du papier recyclé le place derrière le papier vierge.


Pour quelles raisons ? Recycler du papier consiste à retrouver les fibres de cellulose, et elles uniquement, dans le but de les réutiliser. Or, à l’exception du papier buvard qui représente, avec toutes les pauvres caractéristiques physiques, optiques et mécaniques qu’on lui connaît, le papier dans sa plus simple expression, le papier n’est pas uniquement composé de fibres de bois. Les papiers d’impression, d’écriture ou de création utilisés en marketing direct constituent un mélange complexe et savamment dosé de fibres de bois, certes, mais aussi d’additifs minéraux et chimiques qui assurent la cohésion et les caractéristiques techniques de l’ensemble - celles-là mêmes, précisément, que vous recherchez pour supporter votre message. Ces papiers, vous les ferez imprimer et vernir. Autant de composants - charges minérales, amidon, colles, latex, encres, vernis, etc. - qu’il est donc nécessaire d’éliminer avant de pouvoir espérer réutiliser la fibre de récupération. Or, désencrer, raffiner, épurer, pollue et coûte cher en énergie ; de même, le transport des papiers récupérés vers le centre de recyclage aura son coût écologique.

Les usines modernes, celle de Tarascon en particulier, fonctionnent en cycle fermé et ne rejettent rien dans la nature : l’image de poissons morts en aval ne correspond en rien à la réalité. (Ou alors, si l’on trouve des poissons morts dans le Rhône, c’est plutôt à cause de Marcoule, Pierrelate, Feyzin, Rhône Poulenc et autres Cadaraches)

L’EFFET DE SERRE

-Les associations -Greenpeace, alternative, WWF, etc...- commençaient à revenir sur leur promotion du papier recyclé quand un décompte nouveau a été fait du bilan écologique du bois et du papier. C’est que le bois constitue quasiment -avec certains produits agricoles et marins- le seul matériau entièrement renouvelable, contrairement aux matières premières fossiles. Qui plus est, c’est un produit sain, chaleureux, beau, le moins radioactif de tous...

C’est au niveau des gaz à effet de serre que le compte est le plus favorable au bois : la croissance de l’arbre fixe le carbone de l’air ; l’augmentation du taux de dioxyde de carbone dans l’air accélère la croissance des arbres (ils poussent deux fois plus vite en 2000 qu’en 1900) ; si les arbres n’étaient pas coupés, ils pourriraient en dégageant CO2 et méthane. Mais le fait d’exploiter les forêts double la quantité de carbone fixée : pendant que le bois ou le papier poursuivent leur seconde vie de matériaux, les arbres repoussent à leur place et fixent encore du carbone. De plus la pédogénèse forestière (fabrication du sol par l’humus) emmagasine encore du carbone dans le sol, jusqu’à 4 fois celui que l’on trouve dans les végétaux. C’est ainsi que la forêt productive européenne constitue un « puits de carbone » absorbant entre un tiers et la moitié des émissions européennes de gaz à effet de serre. Sans cette production de bois et de papier, le réchauffement climatique serait encore plus marqué. Même le bois énergie est préférable à l’abandon du bois sur place : la combustion ne dégage que du CO2, pas de méthane...

PRIORITÉ A LA COMPLEMENTARITE

Enfin, récupérer toutes les sortes de papier est impossible : il faut savoir que pelliculer un imprimé le condamne à ne plus pouvoir le recycler. De même, les papiers recyclés ont beau posséder des caractéristiques physiques et mécaniques intéressantes - notamment une bonne main -, ils ne peuvent convenir à tous les usages.

La consommation de papier augmente : et pour une fois, on ne s’en plaindra pas ! C’est l’occasion d’utiliser :
- du bois frais, qui va permettre d’entretenir les forêts, en particulier de réduire la biomasse combustible et de prévenir les incendies de forêt,
- et du papier recycler, en complément. Comme quoi, le papier blanc et le recyclé ne s’excluent pas forcément.

En conclusion, c’est l’utilisation qui doit avoir la priorité au moment du choix du papier. Et ce choix peut aussi raisonnablement tomber :
- sur un papier sans chlore, issu de bois frais, indiscutablement écologique
- ou sur un papier recyclé.

Mais le meilleur service à lui rendre serait qu’il gagne ses galons de papier "comme les autres", un papier dont il sera reconnu qu’il pourra répondre, avec autant de brio, à la meilleure économie : son emploi adapté avec le plus faible impact sur l’environnement.

02/07/2007

Rejoignez l'observatoire des saisons

e9d66701b3bdfafc89040255949cbb9d.jpg
Les scientifiques sont au chevet d’une nature en pleine révolution. Ils ont confirmé le réchauffement climatique, ainsi que le lien avec l’activité humaine, et en estiment l’ampleur à venir ; cependant, ils ne peuvent prévoir le détail des bouleversements à venir, dont les signes ne se comptent plus: modification des cycles des oiseaux migrateurs, remontée vers le nord et en altitude des maladies des plantes, impact sur la fructification des arbres…

De leur côté, les agriculteurs, jardiniers, forestiers ont un besoin urgent d’outils leur permettant d’adapter leur pratique à bon escient. Les enjeux sont multiples : risque de perte de biodiversité, de production, de capacité d’accueil pour les forêts, fragilité accrue, prise plus forte aux accidents climatiques, etc.

Aujourd’hui se présente l’occasion de faire ce premier pas, qui pourrait être suivi par d’autres : près d’une trentaine de laboratoires publics français (CNRS, INRA, Museum national d’histoire naturelle, …) et d’associations de défense de l’environnement se sont rassemblés pour établir les liens entre les phénomènes phénologiques et le changement climatique. Avec une initiative novatrice : la création d’un réseau d’observateurs amateurs pour un certain nombre d’espèces, dont les données viendront compléter les recherches.

Cet « Observatoire des saisons » est ouvert aux écoles, à titre pédagogique, et à toute personne désireuse de mener des observations phénologiques. Il poursuit ainsi le double objectif de sensibiliser le public et de le faire participer au travail d’étude. Une collaboration, encore trop rare, entre chercheurs et public, pour un savoir-faire partagé à temps.

Un exemple, pris parmi tant d’autres : les effets de l’hiver 2007 trop doux sur les cerisiers et merisiers en région méditerranéenne. Dans les zones les plus chaudes, ces arbres ont fleuri en janvier, ce qui leur a ôté toute vigueur pour la bonne période de floraison, les affaiblissant très notablement. Dans les zones un tout petit peu plus fraîches (300m
dfe6494780561fce9e265b53cb669c09.jpg d’altitude), les cerisiers ont fleuri au bon moment, mais la mouche de la cerise s’est réveillée plus tôt que d’habitude, inconsidérés, pris par méconnaissance (dans ce cas : abattre les arbres qui paraissent moribonds, plutôt que de leur laisser une chance pour l’an prochain). Autre exemple : la « ligne d’arrêt » établie contre le dendroctone a-t-elle une chance de tenir?

Vous, passionés de nature, en première ligne des dérèglements climatiques, habitués à suivre année après année vos cultures et à observer la nature pour hâter son œuvre, avez là une place de choix à prendre. Vous aussi, vous pouvez rejoindre la communauté des spécialistes en phénologie.
avec une génération de trop avant la nouaison, et de ce fait toutes les cerises ont eu le ver. Noter précisément la limite entre ces phénomènes peut aider à les comprendre, sinon à les prévoir tout au moins à éviter les actes de gestion

Une adresse : www.obs-saisons.fr
 
(texte rédigé par libre adaptation de l’éditorial du n° 165 du magazine « Les quatre saisons du jardinage »)